Comprendre l’intolérance alimentaire

Bien qu’elles soient d’incidence croissante, les intolérances alimentaires relèvent d’une pathologie extrêmement difficile à cerner en raison de la multiplicité des mécanismes potentiellement en cause, du rôle probable du microbiote intestinal (la flore microbienne présente dans l’intestin) et de la pauvreté des données scientifiques solidement établies.

Dans 10-15% des cas de notre série, les malades présentent, associée à l’intolérance aux produits chimiques multiples, plus rarement à l’intolérance aux CEM,  une intolérance alimentaire manifestée par la survenue de troubles digestifs (douleurs et ballonnement abdominal,  dyspepsie, nausées, diarrhées), secondairement à l’ingestion de certains aliments, cette intolérance alimentaire étant semble-t-il, plus fréquente en cas de MCS qu’en cas d’EHS.

Les intolérances alimentaires classiquement les plus fréquentes dans notre série de malades venus consulter pour MCS et/ou EHS sont celles aux céréales (gluten) et aux produits laitiers (caséines, lactose) ; celles aux légumes et fruits, aux œufs et autres produits animaux, aux fruits de mer et épices étant apparemment moins fréquentes.

En fait, compte tenu de la pollution récente des aliments par des colorants, conservateurs nitrités, contaminants chimiques, (pesticides, dioxines, phosphates, etc) et additifs, nous ne savons pas si la très forte augmentation d’incidence des intolérances alimentaires depuis ces dernières années est liée à la modification qualitative de notre alimentation et/ou à la présence de tels additifs ou résidus chimiques dans les aliments. On sait en effet que par eux-mêmes, une fois ingérés, ces additifs ou résidus en modifiant la composition de la flore intestinale ou en agissant directement au niveau de la muqueuse intestinale pourraient provoquer de telles intolérances et que ce n’est pas tant l’intensité de doses de ces substances, que la répétition de ces doses de façon chronique qui est le poison.

Nous ne savons pas encore précisément si la détection d’une intolérance alimentaire, en association à une hypersensibilité de type MCS ou EHS, relève d’une coïncidence fortuite ou si, à l’inverse, elle est un facteur de prédisposition à la genèse du MCS, que celle-ci soit associée ou non à une électrohypersensibilité ; ou encore si une telle intolérance doit être considérée comme faisant partie intégrante du tableau caractérisant l’une et/ou l’autre de ces deux affections, chez certains malades génétiquement et/ou devenus épigénétiquement susceptibles aux polluants chimiques, et/ou aux CEM.

Autrement dit la question posée est de savoir si l’intolérance alimentaire observée chez les malades intolérants aux CEM et/ou aux produits chimiques (et donc éventuellement devenus EHS et/ou MCS), est la conséquence d’un effet direct des CEM et/ou des produits chimiques sur la muqueuse intestinale, selon des mécanismes physiopathologiques voisins de ceux mis en évidence au niveau de la barrière hémato-encéphalique (rôle de l’inflammation) ou si, dans le contexte de mécanismes physiopathologiques purement endogènes, l’intolérance alimentaire est la conséquence indirecte des anomalies biologiques induites par les CEM et/ou produits chimiques tels que nous les avons mis en évidence au niveau cérébral.

En fait, c’est la première hypothèse – celle d’un effet direct des CEM et/ou produits chimiques au niveau intestinal et cérébral que nous privilégions, cette hypothèse étant compatible avec certaines des données scientifiques actuelles. En effet, compte tenu du fait qu’une diminution de la perméabilité de la muqueuse intestinale et de la barrière hémato-encéphalique serait ainsi générée, il est clair que de tels effets pourraient se potentialiser mutuellement.

En réalité, quel que soit le mécanisme physiopathologique invoqué, il est essentiel de tenir compte de la présence éventuelle d’une telle intolérance en particulier au gluten, aux caséines et au lactose, ne serait-ce que pour le choix des médicaments à administrer pour le traitement du SICEM et/ou du MCS, puisque de très nombreux médicaments de la pharmacopée officielle contiennent des excipients à base d’amidon et/ou de lactose ou d’autres substances mal tolérées. Il apparaît donc clairement que ces médicaments tels que disponibles sur le marché pharmaceutique sont à éviter chez de tels malades, qu’il soit essentiel d’envisager des préparations galéniques spéciales, contenant le principe actif de ces médicaments mais débarrassées de leurs excipients  afin que les malades puissent tolérer leurs médicaments et donc être traités dans les meilleurs conditions.

    1. Rappel concernant la barrière intestinale

    Le gros intestin (colon) et plus particulièrement l’intestin grêle sont des organes dont on a trop souvent négligé l’importance physiopathologique.

    L’intestin grêle, outre ses fonctions d’absorption des aliments est en effet un organe « clé » au plan neurologique, endocrinien et immunitaire. Au plan neurologique, il est en réalité un système nerveux autonome, en raison de la présence d’environ 100 millions de neurones, astrocytes et cellules microgliales. Au plan endocrinien il produit des hormones essentielles pour la régulation de ses différentes fonctions, et en particulier une vingtaine de neuromédiateurs. Enfin au plan immunitaire, il faut souligner qu’il abrite les trois quarts des cellules immunologiquement compétentes de l’organisme, celles-ci infiltrant la muqueuse intestinale ou étant regroupées dans des organes lymphoïdes appelés «  plaques de Peyer.  En outre, en plus de ses fonctions d’absorption sélective des macro- et micronutriments (vitamines et oligo-éléments), il intervient dans la synthèse de différentes molécules dont plusieurs vitamines du groupe B.

      2. Rappel concernant le microbiote

      En fait, plus qu’une barrière, l’intestin est un écosystème extrêmement complexe, puisqu’il se trouve au contact de l’environnement extérieur par le biais des aliments et que ce contact avec l’environnement extérieur se fait par l’intermédiaire d’une flore bactérienne, elle-même extrêmement complexe, faisant partie de ce qu’on appelle le microbiote.

      A noter que le microbiote comprend 1014 bactéries,  soit 10 fois plus de bactéries que notre corps contient de cellules (notre corps est constitué de 1013cellules), ce qui explique qu’on estime le poids des bactéries rapporté à celui de l’organisme comme étant équivalent à environ le dixième du poids corporel. En outre on admet que la majeure partie des bactéries du microbiote est logée dans l’intestin.

      Ainsi les fonctions intestinales reposent-elles sur un trépied structurel et fonctionnel ; la flore intestinale, la muqueuse intestinale et les systèmes neuroendocrinien et immunitaire qu’elle comprend, ces trois éléments du trépied fonctionnant en synergie et symbiose.

      Or il est clair que toute modification d’un des éléments du trépied ne peut conduire qu’à un dysfonctionnement intestinal, plus précisément à une réaction de l’organisme, sous la forme de dysbiose intestinale, d’une inflammation de la muqueuse et éventuellement de manifestations neuro hormonales et immunitaires touchant l’ensemble de l’organisme.

        3. Allergies et intolérance alimentaire.

        L’inflammation de la muqueuse intestinale est certainement le substratum anatomique commun aux différents types d’intolérance alimentaire.

        Il y a en effet plusieurs mécanismes en cause selon le produit alimentaire ingéré, autrement dit, selon le(s) nutriments(s) (macro- et/ou micronutriments) incriminé(s), mais aussi éventuellement selon le(s) additif(s) et/ou contaminants(s) chimique(s) qu’il contient. Et c’est là l’extrême originalité de la démarche qu’il convient de mettre en œuvre dans le cadre d’une nouvelle approche médicale relevant de ce que nous appelons « la médecine environnementale ».

        En outre, compte tenu des connaissances scientifiques actuelles, de façon comparable au problème posé par l’hypersensibilité aux CEM et aux produits chimiques il est essentiel de distinguer clairement l’intolérance alimentaire proprement dite, qui est un terme englobant, qui ne préjuge pas du (des) mécanisme(s) physiopathologique(s) en cause, de l’hypersensibilité alimentaire qui, dans le contexte d’une interprétation purement immunologique des phénomènes correspond à la sensibilisation préalable de l’organisme au niveau de la muqueuse intestinale à un  (ou plusieurs)  antigène(s) alimentaire(s). Or selon la réponse immunitaire induite, une telle hypersensibilité est appelée « allergie », s’il s’agit des types 1 et éventuellement 4 de la classification des réponses immunitaires de Gell et Coombs. Par contre les types 3 et éventuellement 2, de cette classification ne relevant pas au sens propre de phénomènes allergiques, les « intolérances alimentaires » qui les concernent ne doivent pas être appelées « allergies », mais « réactions de type immunitaire ». En fait, ces subtilités sémantiques, concernant la possibilité de mécanismes autres qu’allergiques et donc immunitaires à l’origine de certaines intolérances alimentaires, s’effacent devant la très grande fréquence des mécanismes non immunologiques (et donc également non allergiques) à l’origine d’un nombre croissant de telles intolérances. Or la confusion persiste aujourd’hui  dans le grand public et même au sein du corps médical, toutes les intolérances alimentaires étant appelées à tort « allergies », sans distinction des mécanismes en cause. Au total, s’il y a la possibilité de mécanismes démontrés être réellement de type allergique, autrement dit impliquant la présence d’un ou de plusieurs allergènes (les allergènes alimentaires sont appelés trophallergènes par opposition aux pneumallergènes impliqués dans les allergies respiratoires), on ne doit pas négliger l’existence d’autres mécanismes qui manifestement ne sont pas de type allergique, ni même immunitaire. Ainsi faisons-nous entrer dans le cadre de ce que nous dénommons « pseudoallergies », toutes les intolérances non prouvées être de type allergique.

          4. Les allergies alimentaires aigues.

          Les véritables allergies alimentaires correspondent au type 1 de la classification de Gell et Coombs. Manifestées dès l’ingestion du trophallergène par la survenue quasi « immédiate » d’un urticaire, d’un œdème de Quincke ou d’un bronchospasme, ces allergies IgE dépendantes, relèvent de ce que les immunologistes appellent l’hypersensibilité immédiate. Ce type de manifestations survient chez des sujets génétiquement prédisposés, autrement dit chez lesquels il existe un terrain allergique familial appelé « atopie ». Le mécanisme est ici clairement élucidé. Sous l’effet de l’ingestion de l’allergène – le trophallergène – l’organisme synthétise des IgE spécifiques - les classiques « réagines » –, beaucoup plus rarement d’autres anticorps appelés IgG. Ces anticorps IgE (ou IgG) spécifiques se fixent alors sur certaines cellules infiltrant la muqueuse intestinale : les mastocytes et polynucléaires basophiles. Ainsi, lors de la réingestion de l’allergène, celui-ci, en se combinant aux IgE (ou IgG) présents à la surface des mastocytes ou polynucléaires basophiles entraine alors la libération de différents médiateurs chimiques dont l’histamine et la sérotonine. Lesquels médiateurs agissant localement et à distance sont à l’origine des manifestations cliniques telles qu’envisagées précédemment. Or à ces manifestations classiques non spécifiques des trophallergènes, puisque pouvant survenir aussi bien pour les pneumallergènes  peuvent  s’associer en cas d’intolérance alimentaire, des symptômes digestifs à type de nausées-vomissements ou diarrhées dont les mécanismes physiopathologiques ne sont pas encore élucidés.

          Parmi les produits alimentaires connus pour comporter des trophallergènes, citons l’arachide, le kiwi, les fruits de mer (mollusques), les cacahuètes et amandes, certaines épices, en fait de nombreux aliments (macronutriments), mais aussi  - et c’est là le point nouveau – certaines substances chimiques présentes à petite dose dans l’alimentation et qui pourraient se comporter elles aussi comme des trophallergènes. Les propriétés immunogèniques de ces substances seraient liées à leur haut poids moléculaire, les rendant ainsi capable d’induire la synthèse d’IgE (ou d’IgG) spécifiques. Tel serait le cas de certains additifs alimentaires (colorants, conservateurs, exhausteurs de goût) ou de certains contaminants (pesticides) auxquels l’organisme aurait pu être antérieurement sensibilisé. De nombreux malades, en raison de leur terrain atopique, seraient en réalité sensibilisés à plusieurs trophallergènes. Mais quel(s) que soi(en)t le(s) trophallergène(s) incriminé(s), ce type d’allergie aigue reste de toutes les façons relativement rare. Car d’ordinaire, la majorité des protéines alimentaires étant intégralement dégradées en aminoacides, celles-ci ne génèrent pas de trophallergènes peptidiques et cela d’autant plus que dans la plupart des cas, l’organisme met en jeu des mécanismes de tolérance immunitaire, visant à bloquer la synthèse des IgE (ou éventuellement des IgG) spécifiques.

          Le point fondamental ici est que ce type d’allergie est sensible aux antihistaminiques, qu’il n’y a en règle générale pas d’altération de la muqueuse intestinales par des phénomènes inflammatoires chroniques - donc pas d’induction de porosité de cette barrière et pas de passage de ce type d’intolérance à la chronicité, et qu’en dehors des très rares cas de choc anaphylactique, l’évolution est d’ordinaire favorable.

            5. Existe-t-il des allergies alimentaires chroniques ?

            La très grande majorité des intolérances alimentaires sont acquises, d’évolution chronique et on peut a priori se demander si des mécanismes de type allergique ne pourraient pas être là aussi en jeu. Répondre à cette question, c’est invoquer la possibilité d’allergie à type d’hypersensibilité retardée à médiation cellulaire, correspondant au type 4 de la classification de Gell et Coombs. L’hypothèse serait en effet que le(s) trophallergène(s) induirait(aient) l’apparition de lymphocytes T cytotoxiques et la libération de différents médiateurs détruisant les entérocytes et inflammant la muqueuse intestinale de façon comparable à ce qui est observé au plan cutané dans la dermatite de contact.

            De ces phénomènes, il en résulterait l’inflammation de la muqueuse intestinale et donc son éventuelle porosité, qui sous couvert de l’ingestion renouvelée de(s) trophallergène(s) évoluerait vers la chronicité. Soulignons que ce type d’allergie, bien qu’il soit possible, n’est cependant à notre connaissance pas prouvé en ce qui concerne les intolérances alimentaires.

              6. Les intolérances alimentaires chroniques de type immunitaire

              L’allergie est particulière, en ce qu’elle correspond aux type 1 et éventuellement 4 de la classification de Gell et Coombs et qu’elle peut être mise en évidence par le dosage des IgE (et IgG) spécifiques et le test de dégranulation des mastocytes (allergie de type 1) et éventuellement  par des tests cutanés ou de stimulation lymphocytaire in vitro en présence du trophallergène (allergie de type 4).

              Comme indiqué précédemment, au plan immunologique, l’allergie doit être fondamentalement distinguée de l’immunité, qui est un terme englobant.

              Ainsi, bien qu’elles ne relèveraient pas d’une allergie, au sens ou nous l‘avons précédemment défini, certaines intolérances alimentaires chroniques, parce qu’elles relèveraient du type 3  et éventuellement du type 2 de la classification de Gell et Coomb, mettraient en jeu des phénomènes immunitaires différents.

              Le type 3 consiste en effet en une réaction d’hypersensibilité « semi-retardée » caractérisée par la synthèse par l’organisme d’anticorps de type IgG induite par la présence d’un (ou de plusieurs) antigène(s) alimentaire(s), l’ensemble conduisant à la formation de complexes immuns situés localement comme dans la réaction d’Arthus, ou au contraire apparaissant sous la forme de complexes immuns circulants. De tels complexes seraient particulièrement toxiques puisque fixant le complément. En se localisant dans différents tissus de l’organisme, y compris au niveau de la muqueuse intestinale, ces complexes auraient donc pour effet d’y induire une réaction inflammatoire, elle-même constituée en majorité par des polynucléaires.

              En fait les mécanismes impliquant un rôle des complexes immuns dans l’apparition des phénomènes de toxicité cellulaire lors de leur dépôt tissulaire, et cela d’autant plus s’il s’agit de la muqueuse intestinale n’est pas clair et leur rôle dans la genèse des intolérances alimentaires dites d’origine immunitaire n’est pas établi. En outre, les interprétations actuelles font appel à des données scientifiques beaucoup plus complexes, impliquant non seulement à l’échelon local des phénomènes immunitaires de cytotoxicité cellulaire directe par action d’anticorps de type IgG ou IgM consommant le complément, par conséquent entrant dans le cadre du type 2 de la classification de Gell et Coombs, mais aussi possiblement des phénomènes à médiation cellulaire entrant dans le cadre du type 4 de cette classification, l’ensemble pouvant en outre être associé à des phénomènes inflammatoires non spécifiques. Quels que soient les mécanismes impliqués, c’est la répétition de la prise d’aliment comportant un (ou plusieurs) élément(s) antigénique(s), qui serait en jeu, le substratum anatomique en étant la destruction des cellules de l’épithélium intestinal - les entérocytes – et résultant de cette destruction, la genèse d’une inflammation de la muqueuse qui parce qu’elle serait devenue « poreuse » à toutes sortes de toxiques, serait à l’origine de l’intolérance et de sa chronicité.

              En outre, dans certains cas, l’apparition d’une auto-immunité serait possible. Interviendrait alors la modification de certaines protéines de l’organisme sous l’effet du conflit immunitaire ainsi généré ou encore sous l’effet de toxines bactériennes (rôle du microbiote) ou d’agents chimiques environnementaux éventuellement présents dans les aliments.

                7. L’intolérance au gluten

                Un exemple caricatural de la complexité des mécanismes en cause est l’intolérance au gluten. Cette intolérance est très fréquente. Elle concernerait dans notre pays une personne sur 300. Sa genèse comporterait en réalité deux étapes principales :

                Dans un premier temps, l’antigène alimentaire serait un peptide de 33 aminoacides dérivé de la gliadine du blé, de la secaline du seigle ou de l’hordeine de l’orge, lequel antigène en se combinant à des anticorps IgG spécifiques, induirait en présence de complément la destruction des enterocytes ; avant que ne survienne la deuxième étape dite d’autoimmunisation, au cours de laquelle la destruction des entérocytes entrainerait la libération d’autoantigènes. En fait une telle destruction des entérocytes pourrait être tout autant induite par l’antigène peptidique fixé sur les entérocytes dans le cadre d’une réaction immunitaire cytotoxique de type 2 impliquant des anticorps spécifiques de type IgG et le complément. En fait, quels que soient les mécanismes impliqués dans la destruction des entérocytes, celle-ci serait à l’origine de l’induction de processus inflammatoires au niveau de la muqueuse, laquelle à son tour dans le cadre d’un véritable cercle vicieux amplifierait cette destruction.

                Quant à la biodisponibilité au niveau de la muqueuse intestinale de(s)  l’antigène(s) peptidique(s), celle-ci n’est bien sûr pas spontanée. Liée à la dégradation incomplète des protéines en cause, celle-ci serait dûe à la neutralisation de certaines peptidases, que cette inactivation soit héréditaire constitutionnelle ou acquise, causée par certains métaux lourds ou « dits lourds », tels que le mercure, le cuivre, l’étain, l’argent en provenance des amalgames dentaires métalliques, ou encore tels que le cadmium en provenance des cigarettes ou de l’aluminium en provenance des vaccins. En effet de tels métaux ont pour propriété commune d’inhiber l’activité de certaines enzymes dont en particulier les peptidases. De même le rôle de certaines bactéries de la flore intestinale, agissant en tant que cause ou conséquence de ce type d’intolérance ne doit pas être ignoré.

                  8. L’intolérance aux protéines de lait

                  De tels mécanismes impliquant le rôle des métaux ou de certaines bactéries seraient aussi à l’origine de l’intolérance au lactose et aux caséines du lait. En fait dans l’intervention de tels mécanismes, l’inhibition des peptidases dans la phase initiale des intolérances au gluten ou aux caséines et l’inhibition de la lactase dans l’intolérance au lactose sont sans doute les meilleurs exemples. En outre, l’intolérance à la caséine s’apparenterait à celle au gluten chez certains sujets génétiquement (et/ou épigénétiquement) prédisposés à la genèse d’une affection autoimmune, elle-même caractérisée par une inflammation de la muqueuse intestinale d’évolution chronique en raison de la répétition des ingestions des produits alimentaires incriminés.  Ainsi, en cas de passage à la chronicité, peut-on observer chez les malades atteints d’intolérance au gluten ou aux protéines de lait, l’existence de troubles de l’absorption intestinale avec pour conséquence l’apparition de carences en particulier vitaminiques et celle de manifestations d’enteropathie exsudatives sous la forme de steatorrhée, avant que ne survienne ultérieurement un véritable syndrome cœliaque.

                    9. Les intolérances chroniques non spécifiques ou pseudoallergies

                    Il ne s’agit pas de restreindre les intolérances alimentaires telles qu’on les observe aujourd’hui à celles que nous avons envisagées précédemment autrement dit à celles relevant de phénomènes allergiques ni même à celles non atopiques de type immunitaire ; mais comme pour l’asthme, de les étendre aux intolérances purement inflammatoires, autrement dit relevant à proprement parler de mécanismes autres qu’immunologiques.

                    Ces types d’intolérances alimentaires sont certainement aujourd’hui devenus les plus fréquents, et sont très probablement d’incidence croissante.

                    C’est donc hors du cadre de l’immunologie qu’il convient de les appréhender, bien que les manifestations cliniques au plan intestinal notamment, puissent apparaître très proches de celles de mécanisme immunoallergiques, telles que précédemment envisagées ; en raison là aussi de la survenue d’une inflammation chronique de la muqueuse intestinale, qui en est le substratum anatomique et fonctionnel, mais sans que des phénomènes immunologiques interviennent

                    Plusieurs arguments plaident en faveur de ce nouveau cadre physiopathologique.

                    1. Toute inflammation - c’est en particulier le cas de la muqueuse intestinale –peut-être induite de façon non spécifique par différents agents environnementaux, qu’ils soient biologiques, en particulier toxiniques d’origine bactériennes (rôle du microbiote et plus particulièrement des dysbioses intestinales),  physiques (rôle des rayonnements et, en particulier des CEM), ou chimiques (résidus chimiques présents dans l’alimentation). Ce type d’inflammation est donc particulièrement fréquent et cela d’autant plus que les différents agents inducteurs peuvent potentialiser leurs effets au niveau des tissus cibles concernés, ici la muqueuse intestinale. Ainsi par exemple les CEM et/ou les produits chimiques présents dans l’alimentation, peuvent-ils modifier la flore intestinale et y induire une dysbiose, laquelle peut contribuer à la genèse de l’inflammation. Il apparaît donc clair que l’inflammation est induite ici non pas à la suite d’un conflit immunologique de type antigène-anticorps, mais par un effet direct ou indirect de tels agents sur les tissus cibles concernés, ici la muqueuse intestinale. Et dans ce cadre, le rôle des macrophages est sans doute primordial.
                    2. La libération d’histamine et autres médiateurs (en particulier la sérotonine) par les mastocytes et polynucléaires basophiles n’est pas spécifique d’une réaction allergique de type allergène-IgE. De très nombreux agents en particulier chimiques ou toxiniques d’origine bactériennes sont en effet capables de provoquer directement la dégranulation des mastocytes et basophiles, en l’absence de réactions allergéniques ou même immunologiques. Or les mastocytes sont présents partout dans l’organisme, y compris au niveau de l’intestin et font très souvent partie des réactions inflammatoires, où qu’elles siègent. En outre, il n’y a pas que les mastocytes et basophiles qui libèrent l’histamine et autres médiateurs. D’autres cellules, dont certains neurones et cellules microgliales, y compris donc celles faisant partie du système nerveux autonome que constitue l’intestin, sont de même capables de le faire. Or  si l’histamine et la sérotonine sont des médiateurs impliqués dans l’allergie, ils sont aussi des neuromédiateurs impliqués dans le fonctionnement du système nerveux. D’où une connexion possible avec les manifestations neurologiques qu’elles soient de siège central ou périphérique observées en cas d’allergie ou de pseudoallergie.
                    3. La présence d’histamine dans certaines aliments –d’où le rôle favorisant du régime – pourrait amplifier l’effet des agents précédents agissant sur les mastocytes et basophiles.
                    4. La simple inhibition de certaines enzymes, que celle-ci soit constitutionnelle, génétique (déficit héréditaire), ou acquise (rôle des facteurs environnementaux), comme nous l’avons vu, peut-être à l’origine d’intolérance sans que le système immunitaire intervienne.

                      10. Conclusions physiopathologiques générales

                      En réalité, le point commun aux intolérances de mécanisme immunologique non allergique serait leur résistance aux antihistaminiques, alors que les intolérances d’origine allergique ou même inflammatoire non spécifiques pourraient y être  sensibles, le fait que quel que soit le mécanisme en jeu, qu’il soit immunitaire ou non, l’élément clé est l’inflammation de la muqueuse intestinale avec pour conséquence la survenue de troubles d’absorption et celles de possibles carences en micronutriments (vitamines et oligoéléments), le fait qu’il convient de combattre l’existence éventuelle de facteurs de pollution toxique associés, que celui-ci provienne de la présence d’amalgames dentaires métalliques ou d’une dysbiose intestinale acquise, et finalement que le véritable traitement repose sur la mise en œuvre d’un régime alimentaire approprié, adapté aux types d’intolérance mis en évidence et à la compréhension de leur mécanisme. Or une telle approche est justement ce que propose la médecine environnementale.

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